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La Finance Islamique

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La Finance Islamique

On attribue très souvent à tort à André MALRAUX la citation suivante : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Quoiqu’il en soit, fort est de constater, qu’on assiste à une recrudescence du fait religieux.
Si la finance n’a rien d’éthique par la recherche effrénée de gain maximal, on voit apparaitre des produits financiers respectant des principes en accord avec telle ou tellel religion selon le segment de clientèle visé. Pas que les organismes financiers soient touchés par une révélation divine mais tout simplement parce que cela correspond à une demande.
Nous allons nous intéresser plus particulièrement à la finance islamique car elle se développe de plus en plus en France et dans le reste du monde face à d’autres religions (placements « catholiques » à l’état embryonnaire). En effet, début septembre de nombreux journaux se sont fait l’écho de l’ouverture par la société NOOR ASSUR d’une première agence bancaire basé sur la loi islamique (CHARIA) en région parisienne. Elle souhaite créer un réseau d’une vingtaine d’agences en 2016.
Qu’est-ce que la finance islamique ?
Il s’agit avant tout d’un profil de placements éthiques dit responsables et non-spéculatifs. En l’occurrence, la finance islamique regroupe l’ensemble des instruments financiers qui ont été conçu suivant les préceptes de l’islam. Les principes fondamentaux reposent sur :

La prohibition de l’intérêt (RIBA) :

Etymologiquement le terme « Ar-Ribâ » signifie surplus, usufruit. Au sens de la loi islamique cela veut dire usure, intérêt. Concrètement, cette pratique est illicite (HARAM) pour le Coran et la Sunna puisqu’il n’y a pas de partage des risques et des profits. On fait une distinction entre :

  • Dans le cadre d’échanges (vente/achat) [ribâ al-buyû]
  • Dans le cadre du crédit [ribâ al-qurûd]

L’interdiction de la spéculation et l’incertitude :

Les opérations qui reposent sur de la pure spéculation en vue de réaliser un profit sont illicites (exemple : produits dérivés). Un contrat ne contenant des éléments d’incertitude
est un contrat dont tous les termes fondamentaux (tels que le prix, l’objet, l’identité des parties et les délais d’exécution) sont clairement définis au jour de sa conclusion.

L’interdiction d’investir dans des activités illicites (HARAM) à savoir :

  • L’industrie du tabac
  • Pornographie, érotisme…
  • L’industrie de l’alcool et du vin (et bien sûr les drogues)
  • L’industrie des jeux de hasard
  • L’industrie porcine et de l’alimentaire non licite
  • L’industrie de l’armement (exception faites pour les Etats)
  • L’industrie bancaire (Excepté l’industrie bancaire islamique)
  • L’industrie de l’assurance (Excepté l’industrie Takafoul : assurance mutuelle islamique)
  • L’industrie du divertissement (Excepté celle qui promeut les bonnes mœurs)

Le partage des pertes et profits (principe des 3P) :

Ce système permet d’associer le capital financier au capital humain. En d’autres termes, un investisseur confit des fonds à un entrepreneur avec qui il partagera les bénéfices en fonction de la performance de l’actif sous-jacent réel mais aussi les éventuelles pertes qui peuvent en résulter (exception de négligence ou faute grave). A noter que les transactions financières sont systématiquement liées à des actifs réels. Pour toutes ces raisons, on peut considérer que la finance islamique s’apparente au private equity (capital investissement).

Les références coraniques :

Les versets 275 à 279 de la seconde sourate du Coran indiquent : « … Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt… Ho, croyant! Craignez Dieu et renoncez au reliquat de l’intérêt si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part de Dieu et de son messager… ».

Tous les livres révélés interdisent également la pratique de l’intérêt :

  • L’Exode (chapitre 22, verset 25)
  • Le lévitique (chapitre 25, versets 34 à 46)
  • L’Evangile selon Luc (chapitre 6, versets 34 et 35)

Quels sont les différents Instruments financiers utilisés :

Il s’agit d’instruments financiers spécifiques permettant de gagner de l’argent en suivant les principes de l’Islam et de la charia, tout en étant compatibles avec la plupart des réglementations dans le monde :

Moudaraba :

L’investisseur fournit tous les capitaux nécessaires afin de financer le projet d’un ou plusieurs entrepreneurs privés. A noter que les éventuelles pertes subies sont entièrement supportées par l’investisseur. L’entrepreneur ne perd que la valeur de son travail.

Moucharaka :

L’investisseur et l’entrepreneur contribuent chacun, à des degrés variables, au capital. Ils s’accordent sur le partage des bénéfices dans des proportions convenues à l’avance en fonction des risques. Les deux parties sont solidaires en cas de pertes.

Mourabaha :

L’investisseur achète en son nom les matériaux de base, les biens ou l’équipement et les vend à son client avec une marge négociée supérieure au coût d’achat. Il s’agit d’une alternative au prêt à intérêt destiné à la consommation. Mais là, le surcoût sert à rémunérer le service rendu car vente d’un bien et non la rémunération du temps écoulé.

Ijara :

L’investisseur achète un équipement ou des bâtiments et les mets à disposition d’un client sur la base d’un loyer direct. Cette technique s’apparente au Crédit-bail.

Bei’salam : (vente avec paiement différé)

La livraison du produit est immédiate mais le paiement est effectué à une date ultérieure. Le paiement peut se faire en une ou en plusieurs fois. Toutefois, ce paiement retardé ne peut générer de commissions supplémentaires.

Pour conclure :

Comme on a pu le voir, la finance islamique est éthique et participative. Avec 5 millions de musulmans dans notre pays, aucune banque française n’a développé une offre dédiée aux particuliers. Il n’y a que la banque CHAABI (filiale de la Banque Populaire du Maroc) qui avec ses 17 implantations qui peut répondre à la demande. Toutefois, avec l’arrivée annoncée des établissements financiers tels que MASRAF AL-RAYAN ou EURIS-BANK, il est fort à parier que les enseignes française s’engouffrent sur ce segment.
A l’heure actuelle, il n’y a que Swiss Life qui commercialise auprès du grand public depuis 2013 une assurance vie islamique.

Comme tout système financier, elle est soumise aux dispositions légales régissant la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et conforme à la réglementation de l’autorité de contrôle (exemple : Autorité des Marchés Financiers pour la France).
laurent BRACHET

laurent BRACHET

Fondateur du site Placementinvest
Conseil en gestion de Patrimoine (CIF)
Tel : 06 15 31 11 82
contact@placementinvest.com
laurent BRACHET

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